L'idée de prolonger la vente des véhicules hybrides rechargeables jusqu'après 2035, portée par les constructeurs européens au nom de la neutralité technologique, suscite de vives critiques. Une étude de l'IMT, accompagnée de l'International Council on Clean Transportation (ICCT) et du cabinet C‑Ways, met en lumière les conséquences économiques et environnementales peu avantageuses de cette option.

Le lobbying des constructeurs et l'enjeu réglementaire

Les constructeurs automobiles européens contestent la réglementation de la Commission européenne qui interdit la commercialisation des voitures neuves émettant du CO₂ à compter de 2035. En défense de la "neutralité technologique", ils plaident pour la prolongation de la vente des hybrides rechargeables et des véhicules à prolongateur d'autonomie.

L'étude a été menée pour examiner si cette stratégie bénéficie vraiment aux consommateurs ou à la transition climatique. Elle couvre six types de motorisation (dont hybrides simples, hybrides rechargeables à batterie réduite ou importante, et véhicules "batterie + moteur thermique") et s'appuie sur dix typologies de conducteurs représentatifs des données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) : notamment deux utilisateurs de voiture de fonction, quatre ménages aisés (urbains ou ruraux, avec ou sans enfants) et quatre ménages à revenus modestes. Les usages comme les volumes de kilomètres et part de longs trajets ont été intégrés à l'analyse.

En combinant ces variables, l'étude estime le coût d'usage total et les émissions de CO₂ pour plus d'un millier de scénarios d'ici 2035. Le verdict est clair : laisser filer les hybrides reviendrait à une impasse pour les ménages et le climat.

Coûts d'usage, bilan carbone : l'hybride perdant

Dans ses hypothèses, l'étude considère un contexte sans bonus pour les véhicules tout électriques, des batteries produites en Europe et à des coûts élevés, ainsi qu'un mix électrique peu décarboné. "Nous avons considéré qu'il n'y avait pas d'incitations type bonus ... que les batteries étaient produites en Europe et que leur prix restait assez élevé." explique l'un des auteurs de l'étude.

Déjà, pour un véhicule neuf, l'usage d'une hybride rechargeable se révèle en moyenne 7 % plus coûteux qu'un véhicule tout électrique, soit l'équivalent d'un surcoût de 0,64 euro par litre d'essence. Pour les ménages modestes achetant un véhicule d'occasion, l'écart grimpe jusqu'à 18 % de surcoût (soit 0,92 euro par litre). Les raisons identifiées : double motorisation à entretenir, batterie plus sollicitée, poids supérieur et consommation accrue.

Le bilan carbone est lui aussi défavorable : un hybride rechargeable émet en moyenne 73 % de CO₂ en plus sur tout le cycle de vie qu'un modèle 100 % électrique. Et selon la taille du véhicule, l'écart varie de +35 % à +111 %. Même sous l'hypothèse de recours à des biocarburants, l'écart en faveur de l'électrique reste de l'ordre de 23 %.

Souveraineté, commerce extérieur et stratégie industrielle

Au-delà du consommateur et de l'environnement, l'étude analyse l'impact sur la balance commerciale européenne. Elle montre que l'utilisation d'un SUV hybride rechargeable du segment B (batterie moyenne) entraînerait un déficit commercial moyen de 3 566 euros lié aux importations de pétrole, contre 1 463 euros pour l'importation de batteries. Autrement dit, miser sur les hybrides renforce la dépendance aux carburants fossiles plutôt qu'aux matériaux importés.

Par ailleurs, les constructeurs chinois sont déjà bien positionnés sur les technologies rechargeables et à prolongateur d'autonomie, et ne sont pas soumis à des taxes douanières spécifiques. Certains industriels européens proposent de brider les hybrides pour les contraindre à rouler davantage en mode électrique — stratégie qui, selon l'étude, relève davantage d'une logique de rentabilité que d'intérêt climatique.



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