À l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, le gouvernement a fixé un cap clair : structurer un dépistage du cancer du poumon comparable à ceux déjà en place pour le sein ou le côlon. Un programme pilote démarre dès mars afin de définir précisément les profils à inviter et d'ouvrir la voie à une généralisation d'ici à 2030. Cette annonce s'inscrit dans la stratégie décennale de lutte contre le cancer, qui combine prévention, dépistage, recherche et amélioration des parcours de soins.

Un programme pilote national pour calibrer le futur dépistage

"Nous voulons qu'il y ait un dépistage généralisé du cancer du poumon d'ici à 2030", affirme Stéphanie Rist, ministre de la Santé. Pour préparer ce déploiement, un programme pilote doit débuter en mars avec plus de 20 000 personnes dépistées de manière ciblée. L'objectif est d'identifier, à partir de données françaises, les critères les plus pertinents pour inviter la population à risque.

"Il n'y a pas de politique de dépistage collectif comme on peut l'avoir dans le cancer du sein ou dans le cancer du côlon. C'est ce que nous voulons faire demain", explique Stéphanie Rist, ministre de la Santé. Le dépistage reposera sur un scanner thoracique à faible dose, un examen rapide. "Un scanner équivaut à six mois d'irradiation naturelle, un risque minime", précise Marie-Pierre Revel, cheffe du service de radiologie à l'hôpital Cochin (AP-HP).

Le programme, baptisé "Impulsion", ciblera prioritairement les fumeurs et ex-fumeurs de 50 à 74 ans, avec un historique de consommation élevé. Il doit recruter 20 000 participants d'ici à 2027 et débutera dans cinq régions avant une extension nationale. Les participants réaliseront deux scanners à un an d'intervalle, puis un tous les deux ans. Les personnes encore dépendantes au tabac bénéficieront d'un accompagnement au sevrage, afin de renforcer l'impact du dispositif sur la mortalité.

Un enjeu de santé publique face à une mortalité persistante

Le cancer du poumon demeure la première cause de décès par cancer en France, avec plus de 30 000 morts chaque année. Dans près de huit cas sur dix, le tabac est en cause. Si l'incidence se stabilise chez les hommes, elle progresse chez les femmes, qui ont commencé à fumer plus tardivement. La difficulté tient surtout au diagnostic tardif : les symptômes apparaissent souvent lorsque la maladie est déjà avancée, ce qui limite les options thérapeutiques.

"Chaque jour, en France, 80 personnes meurent d'un cancer du poumon", rappelle Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie des Hospices civils de Lyon. "Seulement 20 % des cancers du poumon sont détectés à un stade localisé", souligne Hugues Morel, vice-président de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Or, la chirurgie curative n'est envisageable que lorsque la tumeur est repérée tôt.

Les données issues d'essais internationaux montrent qu'un dépistage par scanner à faible dose chez des personnes à risque permet de détecter des lésions de petite taille et de réduire sensiblement la mortalité. "Le scanner thoracique à faible dose permet de détecter des nodules de taille millimétrique, alors que la radiographie pulmonaire classique ne révèle que des nodules centimétriques", observe Marie-Pierre Revel, cheffe du service de radiologie à l'hôpital Cochin (AP-HP). Ces performances expliquent le déploiement de programmes comparables dans plusieurs pays.

Déploiement, financements et conditions de réussite

Le projet français s'inscrit dans la stratégie décennale 2021-2030. "Il ne faut pas lâcher cet effort, il faut le renforcer", a déclaré Emmanuel Macron, président de la République, annonçant "plus de 1,7 milliard d'euros investis sur cinq ans" pour le second volet du plan national. Les priorités portent sur l'accélération des dépistages, le soutien à la recherche et l'amélioration de la prise en charge.

Sur le terrain, plusieurs conditions détermineront l'efficacité du futur dispositif. D'abord, la participation des personnes éligibles, indispensable pour obtenir un impact populationnel. Ensuite, l'organisation des parcours après un scanner anormal. "Près de 30 % des personnes fumeuses de plus de 50 ans ont au moins un nodule", indique Nicolas Girard, directeur de l'Institut du thorax à l'Institut Curie et à l'Institut Montsouris. Tous ne sont pas cancéreux, ce qui impose des protocoles clairs pour éviter des examens invasifs inutiles.

Les équipes travaillent aussi à limiter le surdiagnostic et les faux positifs grâce à des algorithmes de suivi. "Le niveau de preuves de l'intérêt en santé publique de ce dépistage, nous l'avons", assure Charles-Hugo Marquette, chef du service de pneumologie du CHU de Nice, tout en soulignant la nécessité de structurer l'aval. Enfin, la disponibilité des professionnels – manipulateurs radio, radiologues, tabacologues – pèsera sur la montée en charge. "Dans les autres pays, les modèles économiques indiquent que ce dépistage est largement bénéficiaire", note Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie des Hospices civils de Lyon, à condition d'anticiper ces besoins.



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